Chausu-yama, la colline du siège d'Osaka

Au cœur du parc Tennōji, à quelques minutes de l'effervescence de la gare d'Osaka-Tennōji, se dresse une discrète éminence boisée qui passerait presque inaperçue : le Chausu-yama (茶臼山). Avec ses 26 mètres d'altitude à peine, cette colline est l'une des « cinq plus basses montagnes d'Osaka », un titre qui prête à sourire. Pourtant, ce modeste tertre concentre plusieurs siècles d'histoire japonaise : tombeau antique présumé, point d'eau lié à un canal légendaire, et surtout théâtre de l'un des combats les plus dramatiques de l'histoire du Japon, lors du fameux siège d'Osaka. Pour le voyageur curieux, c'est une halte courte mais chargée de sens, nichée entre le musée municipal des beaux-arts et l'élégant jardin Keitaku-en (慶沢園).
Un tertre aux origines mystérieuses
La première énigme du Chausu-yama tient à sa nature même. La tradition veut qu'il s'agisse d'un kofun (古墳), un ancien tumulus funéraire en forme de trou de serrure (zenpō-kōen-fun), édifié au Ve siècle pour un puissant chef local dont l'identité reste inconnue. Si cette hypothèse se vérifiait, il compterait parmi les plus grands tertres de la ville. Mais une fouille archéologique menée en 1986 a semé le doute : aucun haniwa (figurine de terre cuite) ni pierre de revêtement, éléments habituels des kofun, n'a été retrouvé. Certains spécialistes en concluent qu'il ne s'agirait pas d'un véritable tumulus.
Une seconde théorie, tout aussi séduisante, relie la colline au bassin voisin appelé Kawazoko-ike (河底池). Selon cette version, l'étang serait le vestige d'un canal creusé à travers le plateau d'Uemachi par le haut fonctionnaire Wake no Kiyomaro (和気清麻呂), à la fin du VIIIe siècle ; le Chausu-yama serait alors formé des déblais accumulés lors de ce chantier. Quelle que soit la vérité, le site est aujourd'hui classé site historique de la préfecture d'Osaka.
Le siège d'Osaka : deux campagnes, un même tertre
C'est au début du XVIIe siècle que le Chausu-yama entre véritablement dans la grande histoire. Après la mort de Toyotomi Hideyoshi, le pouvoir bascule peu à peu vers Tokugawa Ieyasu, fondateur du shogunat qui régira le Japon pendant plus de deux siècles. Restait un obstacle : le clan Toyotomi, retranché dans l'imposant château d'Osaka. Pour en finir, Ieyasu lança contre lui une série d'assauts connus sous le nom de siège d'Osaka, qui se déroula en deux temps, de 1614 à 1615.
Lors de la campagne d'hiver (1614), c'est Tokugawa Ieyasu en personne qui installa son quartier général (honjin) sur le Chausu-yama. Depuis cette hauteur, le vieux stratège, alors âgé de plus de soixante-dix ans, dirigea les opérations contre la forteresse Toyotomi. Le détail a son piquant : quelques mois plus tard, la même colline allait servir le camp adverse.
Car lors de la campagne d'été (1615), le Chausu-yama devint le quartier général de Sanada Yukimura (真田幸村), de son vrai nom Sanada Nobushige, le plus brillant général du camp Toyotomi. Surnommé « le héros qui n'apparaît qu'une fois par siècle » ou encore le « démon écarlate de la guerre », Yukimura est resté dans la mémoire japonaise comme l'incarnation même de l'esprit samouraï. C'est ici, sur ce tertre et ses abords, que se livra le 3 juin 1615 la bataille de Chausu-yama, aussi appelée bataille de Tennōji, l'affrontement le plus violent de tout le siège.
Le dernier combat de Sanada Yukimura
Le rapport de forces était écrasant. Face aux quelque 150 000 hommes que Tokugawa massait pour l'assaut final, les Toyotomi ne pouvaient aligner qu'environ 50 000 à 60 000 combattants. Conscient que la partie était perdue d'avance, Yukimura tenta un ultime coup d'audace : profitant du désordre des troupes ennemies encore en train de se mettre en position, il lança une charge désespérée visant directement Ieyasu, espérant abattre le chef adverse pour renverser le cours de la guerre.
L'offensive faillit réussir et sema un temps la panique jusque dans l'entourage de Tokugawa. Mais le nombre finit par l'emporter. Épuisé par des mois de combats, Yukimura aurait été rattrapé et tué près d'un sanctuaire voisin. Sa mort scella le destin du clan Toyotomi : le château d'Osaka tomba dans la foulée et fut détruit, mettant un point final à la dernière grande opposition armée au pouvoir des Tokugawa. Cet épisode, immortalisé par d'innombrables récits, pièces de théâtre et œuvres populaires, fait du Chausu-yama un lieu de pèlerinage pour les passionnés de l'époque Sengoku.
Ce que l'on voit aujourd'hui
Le visiteur ne trouvera pas ici de monument grandiose, et c'est précisément ce qui fait le charme du lieu. Le Chausu-yama se gravit en quelques minutes par un sentier doux ; au sommet, des panneaux explicatifs, des cartes et des stèles de pierre évoquent le déroulement de la bataille d'Osaka. Au pied de la colline, le bassin Kawazoko-ike, enjambé par un petit pont rouge, compose un tableau paisible qui contraste avec le tumulte guerrier d'autrefois.
Le site s'intègre dans le vaste parc Tennōji, qui réunit plusieurs centres d'intérêt à courte distance les uns des autres. Tout proche, le jardin Keitaku-en (慶沢園) mérite le détour : ancien jardin de la résidence principale de la famille Sumitomo, aménagé par le célèbre paysagiste Ogawa Jihei et achevé en 1918, il offre une promenade autour d'un étang à îles, dans le style dit « de forêt et de sources » (rinsen kaiyū-shiki). En 1925, lors du déménagement des Sumitomo, le terrain, la colline et les alentours furent donnés à la ville d'Osaka, ce qui permit l'ouverture du parc tel qu'on le connaît. À deux pas se trouvent également le musée municipal des beaux-arts d'Osaka et, en surplomb, l'antique temple Shitennō-ji.
Informations pratiques
Le Chausu-yama est librement accessible et l'entrée est gratuite ; le parc Tennōji est généralement ouvert de 7 h à 22 h. Le jardin Keitaku-en, lui, applique des horaires plus restreints et un droit d'entrée modique, à vérifier sur place. Comptez peu de temps pour la colline elle-même, mais prévoyez une demi-journée si vous souhaitez combiner la visite avec le jardin, le musée et le temple Shitennō-ji.
Comment s'y rendre
Rien de plus simple : le Chausu-yama se situe à environ 15 minutes de marche de la gare de Tennōji, l'un des plus grands pôles de transport du sud d'Osaka, desservi par les lignes JR ainsi que par l'Osaka Metro (lignes Midōsuji et Tanimachi). La station Osaka-Abenobashi du Kintetsu, toute proche, constitue une alternative commode. Une fois sorti de la gare, il suffit de rejoindre l'entrée du parc Tennōji et de se diriger vers la colline boisée : un dépaysement historique vous attend, à quelques pas de l'agitation urbaine.
Sources :
• https://osaka-info.jp/en/spot/chausuyama-tennoji-park/
• https://ja.wikipedia.org/wiki/茶臼山古墳_(大阪市)
• https://en.wikipedia.org/wiki/Sanada_Yukimura
• https://ja.wikipedia.org/wiki/慶沢園
• https://kansai-odyssey.com/siege-of-osaka-and-the-last-of-the-toyotomi/
Un tertre aux origines mystérieuses
La première énigme du Chausu-yama tient à sa nature même. La tradition veut qu'il s'agisse d'un kofun (古墳), un ancien tumulus funéraire en forme de trou de serrure (zenpō-kōen-fun), édifié au Ve siècle pour un puissant chef local dont l'identité reste inconnue. Si cette hypothèse se vérifiait, il compterait parmi les plus grands tertres de la ville. Mais une fouille archéologique menée en 1986 a semé le doute : aucun haniwa (figurine de terre cuite) ni pierre de revêtement, éléments habituels des kofun, n'a été retrouvé. Certains spécialistes en concluent qu'il ne s'agirait pas d'un véritable tumulus.
Une seconde théorie, tout aussi séduisante, relie la colline au bassin voisin appelé Kawazoko-ike (河底池). Selon cette version, l'étang serait le vestige d'un canal creusé à travers le plateau d'Uemachi par le haut fonctionnaire Wake no Kiyomaro (和気清麻呂), à la fin du VIIIe siècle ; le Chausu-yama serait alors formé des déblais accumulés lors de ce chantier. Quelle que soit la vérité, le site est aujourd'hui classé site historique de la préfecture d'Osaka.
Le siège d'Osaka : deux campagnes, un même tertre
C'est au début du XVIIe siècle que le Chausu-yama entre véritablement dans la grande histoire. Après la mort de Toyotomi Hideyoshi, le pouvoir bascule peu à peu vers Tokugawa Ieyasu, fondateur du shogunat qui régira le Japon pendant plus de deux siècles. Restait un obstacle : le clan Toyotomi, retranché dans l'imposant château d'Osaka. Pour en finir, Ieyasu lança contre lui une série d'assauts connus sous le nom de siège d'Osaka, qui se déroula en deux temps, de 1614 à 1615.
Lors de la campagne d'hiver (1614), c'est Tokugawa Ieyasu en personne qui installa son quartier général (honjin) sur le Chausu-yama. Depuis cette hauteur, le vieux stratège, alors âgé de plus de soixante-dix ans, dirigea les opérations contre la forteresse Toyotomi. Le détail a son piquant : quelques mois plus tard, la même colline allait servir le camp adverse.
Car lors de la campagne d'été (1615), le Chausu-yama devint le quartier général de Sanada Yukimura (真田幸村), de son vrai nom Sanada Nobushige, le plus brillant général du camp Toyotomi. Surnommé « le héros qui n'apparaît qu'une fois par siècle » ou encore le « démon écarlate de la guerre », Yukimura est resté dans la mémoire japonaise comme l'incarnation même de l'esprit samouraï. C'est ici, sur ce tertre et ses abords, que se livra le 3 juin 1615 la bataille de Chausu-yama, aussi appelée bataille de Tennōji, l'affrontement le plus violent de tout le siège.
Le dernier combat de Sanada Yukimura
Le rapport de forces était écrasant. Face aux quelque 150 000 hommes que Tokugawa massait pour l'assaut final, les Toyotomi ne pouvaient aligner qu'environ 50 000 à 60 000 combattants. Conscient que la partie était perdue d'avance, Yukimura tenta un ultime coup d'audace : profitant du désordre des troupes ennemies encore en train de se mettre en position, il lança une charge désespérée visant directement Ieyasu, espérant abattre le chef adverse pour renverser le cours de la guerre.
L'offensive faillit réussir et sema un temps la panique jusque dans l'entourage de Tokugawa. Mais le nombre finit par l'emporter. Épuisé par des mois de combats, Yukimura aurait été rattrapé et tué près d'un sanctuaire voisin. Sa mort scella le destin du clan Toyotomi : le château d'Osaka tomba dans la foulée et fut détruit, mettant un point final à la dernière grande opposition armée au pouvoir des Tokugawa. Cet épisode, immortalisé par d'innombrables récits, pièces de théâtre et œuvres populaires, fait du Chausu-yama un lieu de pèlerinage pour les passionnés de l'époque Sengoku.
Ce que l'on voit aujourd'hui
Le visiteur ne trouvera pas ici de monument grandiose, et c'est précisément ce qui fait le charme du lieu. Le Chausu-yama se gravit en quelques minutes par un sentier doux ; au sommet, des panneaux explicatifs, des cartes et des stèles de pierre évoquent le déroulement de la bataille d'Osaka. Au pied de la colline, le bassin Kawazoko-ike, enjambé par un petit pont rouge, compose un tableau paisible qui contraste avec le tumulte guerrier d'autrefois.
Le site s'intègre dans le vaste parc Tennōji, qui réunit plusieurs centres d'intérêt à courte distance les uns des autres. Tout proche, le jardin Keitaku-en (慶沢園) mérite le détour : ancien jardin de la résidence principale de la famille Sumitomo, aménagé par le célèbre paysagiste Ogawa Jihei et achevé en 1918, il offre une promenade autour d'un étang à îles, dans le style dit « de forêt et de sources » (rinsen kaiyū-shiki). En 1925, lors du déménagement des Sumitomo, le terrain, la colline et les alentours furent donnés à la ville d'Osaka, ce qui permit l'ouverture du parc tel qu'on le connaît. À deux pas se trouvent également le musée municipal des beaux-arts d'Osaka et, en surplomb, l'antique temple Shitennō-ji.
Informations pratiques
Le Chausu-yama est librement accessible et l'entrée est gratuite ; le parc Tennōji est généralement ouvert de 7 h à 22 h. Le jardin Keitaku-en, lui, applique des horaires plus restreints et un droit d'entrée modique, à vérifier sur place. Comptez peu de temps pour la colline elle-même, mais prévoyez une demi-journée si vous souhaitez combiner la visite avec le jardin, le musée et le temple Shitennō-ji.
Comment s'y rendre
Rien de plus simple : le Chausu-yama se situe à environ 15 minutes de marche de la gare de Tennōji, l'un des plus grands pôles de transport du sud d'Osaka, desservi par les lignes JR ainsi que par l'Osaka Metro (lignes Midōsuji et Tanimachi). La station Osaka-Abenobashi du Kintetsu, toute proche, constitue une alternative commode. Une fois sorti de la gare, il suffit de rejoindre l'entrée du parc Tennōji et de se diriger vers la colline boisée : un dépaysement historique vous attend, à quelques pas de l'agitation urbaine.
Sources :
• https://osaka-info.jp/en/spot/chausuyama-tennoji-park/
• https://ja.wikipedia.org/wiki/茶臼山古墳_(大阪市)
• https://en.wikipedia.org/wiki/Sanada_Yukimura
• https://ja.wikipedia.org/wiki/慶沢園
• https://kansai-odyssey.com/siege-of-osaka-and-the-last-of-the-toyotomi/
- Espace Membres
-
Pas encore de compte ?