Le kofun de Chayama, tumulus funéraire de Sakai près du kofun de Daisen

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Le kofun de Chayama, tumulus funéraire de Sakai

Le kofun de Chayama, tumulus funéraire de Sakai
Au cœur de la plaine d'Osaka, dans la ville de Sakai, se cache un petit tumulus discret mais riche de sens : le kofun de Chayama (茶山古墳). Loin des dimensions colossales de ses voisins, ce tertre funéraire n'en demeure pas moins un témoin précieux d'une époque fondatrice de l'histoire japonaise. Pour le voyageur curieux qui arpente les abords de la plus grande sépulture du Japon, Chayama offre une porte d'entrée intime vers la civilisation des kofun, ces tombes monumentales qui ont façonné le paysage de la région il y a près de mille six cents ans.

Qu'est-ce qu'un kofun ?

Le mot kofun (古墳), qui signifie littéralement « ancien tertre » ou « ancienne tombe », désigne les tumulus funéraires édifiés au Japon entre la fin du IIIe siècle et le VIe siècle de notre ère. Cette période est si caractéristique qu'elle a donné son nom à toute une ère de l'histoire japonaise : l'époque de Kofun (古墳時代), qui s'étend approximativement de 250 à 538 après J.-C. Ces sépultures étaient réservées à l'élite dirigeante de l'époque : souverains, membres de la cour, chefs de clans puissants. Elles témoignent de l'émergence progressive d'un pouvoir centralisé, ancêtre de l'État japonais, et révèlent une société profondément hiérarchisée.

Les kofun prennent des formes géométriques variées et codifiées. Les plus modestes sont des tertres circulaires (円墳, enpun) ou carrés (方墳, hōfun). Les plus prestigieux adoptent la forme dite « en trou de serrure » (前方後円墳, zenpō-kōen-fun), combinant une partie arrière ronde et une partie avant trapézoïdale. Cette silhouette singulière, vue du ciel, est devenue l'emblème de l'archéologie japonaise. Les plus grands de ces monuments étaient entourés de douves remplies d'eau, parfois multiples, et leurs flancs étaient recouverts de pierres. À leur sommet et sur leurs terrasses, on disposait des haniwa (埴輪), des figurines de terre cuite représentant des personnages, des animaux, des maisons ou de simples cylindres, dont la fonction rituelle ou protectrice fait encore débat parmi les chercheurs.

On estime à environ 160 000 le nombre de kofun recensés à travers tout l'archipel japonais. Mais c'est dans la région d'Osaka que se concentrent les plus spectaculaires.

L'ensemble Mozu-Furuichi, patrimoine mondial de l'UNESCO

Le kofun de Chayama appartient à l'un des ensembles les plus remarquables du pays : le groupe de kofun de Mozu-Furuichi (百舌鳥・古市古墳群). Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO le 6 juillet 2019, ce bien constitue le tout premier site classé de la préfecture d'Osaka. Il regroupe quarante-neuf tumulus répartis sur un plateau dominant la plaine d'Osaka, entre la ville de Sakai pour la partie Mozu et les villes de Habikino et Fujiidera pour la partie Furuichi.

L'UNESCO a retenu ce site au titre des critères (iii) et (iv), saluant en lui la représentation matérielle la plus riche de l'époque de Kofun. L'ensemble illustre de manière exceptionnelle les différences de classes sociales de cette période et témoigne d'un système funéraire d'une grande sophistication. La diversité des formes et des tailles des tertres, la maîtrise technique de ces immenses constructions de terre, l'ornementation par les pierres et les haniwa : tout concourt à faire de Mozu-Furuichi un jalon majeur de l'histoire de l'humanité.

La pièce maîtresse de l'ensemble est le kofun de Daisen (大仙陵古墳), traditionnellement attribué à l'empereur Nintoku. Avec ses quelque 486 mètres de longueur, c'est le plus vaste tumulus du Japon et, douves comprises, l'une des plus grandes sépultures du monde, souvent comparée à la grande pyramide de Gizeh en Égypte et au mausolée du premier empereur Qin en Chine. C'est précisément aux abords immédiats de ce géant que se niche le modeste Chayama.

Le kofun de Chayama : un tertre satellite du géant

Le kofun de Chayama est un tumulus circulaire (円墳). Ses dimensions sont modestes au regard de son illustre voisin : il mesure environ 55 à 56 mètres de diamètre, pour une hauteur d'environ 9,3 mètres. Sa construction est estimée au milieu du Ve siècle, soit la même grande période que le kofun de Daisen.

La particularité de Chayama tient à sa position. Il a été édifié sur la deuxième digue extérieure du kofun de Daisen, à l'intérieur du système de triple douve qui ceinture la grande sépulture impériale. Cet emplacement en fait ce que les archéologues appellent un baichō (陪冢), c'est-à-dire un tertre satellite, une sépulture annexe accompagnant la tombe principale. On suppose qu'y reposaient des proches du défunt principal ou de hauts dignitaires liés à lui, mais l'identité de l'occupant demeure inconnue. Fait remarquable, l'édification d'un tertre funéraire sur la digue séparant les douves est extrêmement rare : on ne la rencontre, dans l'ensemble de Mozu, que pour Chayama et pour le kofun voisin de Daianjiyama (大安寺山古墳).

Des haniwa ont été mis au jour sur le site, même si les spécialistes discutent encore pour savoir s'ils proviennent de Chayama lui-même ou du grand kofun de Daisen tout proche.

Le nom même du tumulus raconte une histoire plus tardive. Selon la tradition, il dériverait d'une partie de chasse au faucon menée par Toyotomi Hideyoshi, le célèbre unificateur du Japon au XVIe siècle. Hideyoshi aurait fait édifier une résidence sur ce tertre, qui fut dès lors surnommé « la montagne du pavillon de thé » — chaya (茶屋) désignant la maison de thé. Une anecdote qui rappelle combien ces tombes anciennes, longtemps après leur construction, ont continué de marquer le paysage et l'imaginaire des Japonais.

Pourquoi le visiter ?

Soyons honnêtes : Chayama n'est pas un monument que l'on visite pour lui-même. Comme la plupart des kofun, il se présente de l'extérieur comme une colline boisée, dont la forme exacte n'est pleinement lisible que vue du ciel, et son accès direct est généralement restreint en raison de son statut de site protégé. Son intérêt réside dans le contexte : il fait partie de la promenade autour du kofun de Daisen, qui permet de longer les douves de la plus grande tombe du Japon et de saisir l'échelle vertigineuse de ces aménagements. Pour vraiment apprécier les formes, rien ne vaut le belvédère situé au 21e étage de l'hôtel de ville de Sakai, en accès libre, qui offre une vue plongeante sur l'ensemble du paysage funéraire.

Le parc de Daisen (大仙公園), gratuit et agréable, complète idéalement la promenade : on y trouve plusieurs tumulus de taille moyenne, un jardin japonais, ainsi que le musée municipal de Sakai, parfait pour comprendre l'époque de Kofun avant ou après la balade.

Comment s'y rendre

Le kofun de Chayama et l'ensemble du secteur de Daisen se rejoignent facilement depuis la gare d'Osaka via Tennoji. Empruntez la ligne JR Hanwa et descendez à la gare de Mozu (百舌鳥駅), située à quelques minutes de marche des douves du kofun de Daisen et du parc de Daisen. Une autre option consiste à rejoindre la gare de Mikunigaoka (三国ヶ丘駅), desservie par la ligne Nankai Koya et la ligne JR Hanwa, elle aussi proche du site. Depuis ces gares, un cheminement piéton balisé conduit le long des kofun, Chayama se trouvant dans l'enceinte immédiate du grand tertre de Daisen.

Sources :
• https://whc.unesco.org/en/list/1593
• https://worldheritage-mania.com/constitutional-heritage-chayama-kofun/
• https://www.city.sakai.lg.jp/foreign-language/english/visitors/topics/world_heritage_site/index.html
• https://www.japan-guide.com/e/e4030.html
• https://en.wikipedia.org/wiki/Mozu_kofungun
• https://ja.wikipedia.org/wiki/大仙陵古墳
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